Ursula-andthe-Dude

LA TERREUR DE VIVRE

Mercredi 13 mars 2013 à 0:54

http://ursula-andthe-dude.cowblog.fr/images/SalvadorDali.jpgJ'attendais un vieux copain dans le bar. C'est un copain que j'avais pas vu depuis que je m'étais installé dans la vie à deux mais maintenant il n'y avait plus de vie à deux. J'avais comme le droit de le voir. C'était un copain de lycée avec qui j'avais fait quelques semestres de fac de droit avant que lui ou moi se casse ailleurs, je sais plus trop. C'était mon bon copain, le copain des 400 coups comme disait ma mère. On matait les filles dans les vestiaires et on rêvait d'organiser des concours de tee-shirts mouillés cachés dans le recoin d'un bar sordide au fin fond de la campagne, seul endroit où on nous servait de l'alcool malgré nos lunettes de demeurés, nos boutons sur le visage et nos appareils dentaires. On s'est embelli à la fac, tout le monde embellit à la fac. On avait les dents blanches, des muscles, une barbe pour cacher les boutons, des cheveux propres et brillants. Moi j'ai rencontré Carolina, lui il a rencontré Amélie, Joséphine, Stéphanie, Laura, Philomène, Johanne, Clémence, Florence, Nicole et après Carolina m'a dit que c'était pas un mec bien, qu'il avait une mauvaise influence sur moi, que c'était elle ou lui. A l'époque j'avais l'impression d'être amoureux. Je lui ai expliqué gentiment que sa disparition sauverait mon couple, il a rit en me regardant avec ce petit air de mec fier de sa bite et de son tableau de chasse, cette phrase plus clichée qu'un épisode de Plus Belle la Vie dans le regard: "c'est toi qu'on d'vrait sauvé, mec.". Il y avait même ce détail argotique dans ses yeux. Il savait bien que je voulais qu'on reste copains alors il m'envoyait des cartes postales quand il allait dans des endroits de rêve, des photos de fesses quand c'était mon anniversaire. Le truc qui m'angoissait un peu c'était que c'était des photos amateurs. Carolina s'est mise à lire mon courrier, à y répondre, je venais de lui proposer d'habiter avec moi.
Quelques semaines après le départ de Carolina, ma mère est venue me voir avec un paquet en papier kraft, elle avait reconnu l'écriture, je l'ai reconnu aussi. On a pris le thé, elle m'a parlé de des voisins, de ma soeur, du chien, de sa cystite, de mon père, de rien. Quand elle est partie, je me suis jeté sur le papier kraft à petits pas, à la fois ravi et méga flippé. C'était une revue cochon, 2001, sa préférée, j'ai pas vraiment osé la toucher. Dessus, il y avait écrit en gros: "VIENS ON FETE CA" avec un numéro de téléphone. On était encore amis sur Facebook et Carolina m'avait rageusement supprimé de ses contacts. Il avait toujours la même voix, cette voix de mec fier de sa bite et son tableau de chasse avec dans les intonations cette phrase plus clichée qu'une épisode d'Amicalement Votre: "La cavalerie est arrivée". Il m'a donné rendez-vous dans un bar quelque part dans un quartier que je connaissais pas. Ca sentait le bar à putes, le bar à drague et moi j'étais célibataire. Quand il est arrivé, il avait la même dégaine d'étudiant. Il s'était foutu de ma gueule avec mon look veste noir, jean bien coupé et chemise saumon. J'avais grandi. Pour lui j'avais vieilli. Il nous a commandé des cocktails que j'avais plus bu depuis la fac et il m'a forcé à boire, boire. Boire jusqu'à ce que je vomisse Carolina sur ma chemise rose. Du coup je l'ai enlevée au moment où il a enlevé son tee-shirt des Beatles en me marrant avec un rire gras, un rire d'ado prépubère qui boit ses premiers bières avec un peu de bouc et des pustules blanches dedans. Quand il a voulu que je le rejoigne sur le comptoir, j'avais ni assez de vomi ni assez d'équilibre pour y arriver alors je l'ai laissé se foutre à poil et je me suis mis à regarder les filles. Entre les trois pétasses brunes qui se dandinaient en short autour de lui et les cougars en mal d'amour avec leurs décolletés jusqu'aux genoux, il y avait une juste à mon goût. Une de ces filles sur qui on avait envie de tout lâcher sur les cheveux dans les toilettes en oubliant son prénom. Ses grandes extensions blondes sur un reste de touffe décolorée, ses gros sourcils bruns redessinés cent fois, ses talons de douze et ses petits seins ramenés en push-up bancal jusqu'à son menton, j'en explosait mon jean trop bien coupé. On se regardait, yeux à fesses, j'ai rincé ma bouche pour faire passer le vomi, j'ai piqué le tee-shirt Beatles et je lui ai attrapé le bras en laissant une phrase de drague que j'avais entendu quelque part au Macumba Club de Bretagne dans lequel on avait fêté les trente ans de ma cousine. Elle m'a fouetté le visage avec ses extensions et ses créoles jusqu'aux épaules.  C'était Carolina. 

Salut, je brade du fantasme

Vendez moi du rêve.

Par Yopop le Mercredi 29 mai 2013 à 23:38
Très bon comme texte ça. Très très bon. Chapeau !
Par typhaine le Lundi 18 novembre 2013 à 10:08
Dali Dali Dali... !

Ca faisait longtemps que je n'étais pas passée par ici, tu écris toujours aussi bien
 

Vendez moi du rêve.









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